ERIC RECHSTEINER PHOTOGRAPHER

レヒシュタイナー・エリック 写真家

 
Mercredi 28 décembre 2005

 










La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balancant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! --Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-étre !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !






Charles BAUDELAIRE
Les Fleurs du mal (1857)
















Mardi 27 décembre 2005


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Lundi 26 décembre 2005










FÊTE



Feu d'artifice en acier
Qu'il est charmant cet éclairage
Artifice d'artificier
Mêler quelque grâce au courage

Deux fusants
Rose éclatement
Comme deux seins que l'on dégrafe
Tendent leurs bouts insolemment
IL SUT AIMER
Quelle épitaphe

Un poète dans la forêt
Regarde avec indifférence
Son revolver au cran d'arrêt
Des roses mourir d'espérance

Il songe aux roses de Saadi
Et soudain sa tête se penche
Car une rose lui redit
La molle courbe d'une hanche

L'air est plein d'un terrible alcool
Filtré des étoiles mi-closes
Les obus caressent le mol
Parfum nocturne où tu reposes
Mortification des roses




Guillaume APOLLINAIRE
Calligrammes (1918)









Samedi 24 décembre 2005

 



 






             THE INNOCENT AND THE BEAUTIFUL HAVE NO ENEMY BUT TIME






 W.B. YEATS

 

 


 


Samedi 24 décembre 2005





Vendredi 23 décembre 2005



APPARITION



La lune s'attristait.
Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles

--C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.

J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue

Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.


 



Stéphane MALLARMÉ

Vers et prose (1893)

 






 

 





 

Vendredi 23 décembre 2005



ICH BIN ALLEIN



Je suis seul, je mets la fleur de cendre
dans le verre rempli de noirceur mûrie.

Bouche sœur, tu prononces un mot qui survit devant les fenêtres,
et sans un bruit, le long de moi, grimpe ce que je rêvais.

Je suis dans la pleine efflorescence de l’heure défleurie
et mets une gemme de côté pour un oiseau tardif :

il porte le flocon de neige sur la plume rouge vie;
le grain de glace dans le bec, il arrive par l’été.

 



Paul CELAN









 

 

 

 

 

 

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