Pas les rafales à propos
De rien comme occuper la rue
Sujette au noir vol de chapeaux ;
Mais une danseuse apparue
Tourbillon de mousseline ou
Fureur éparse en écumes
Que soulève par son genou
Celle même dont nous vécûmes
Pour tout, hormis lui, rebattu
Spirituelle, ivre immobile
Foudroyer avec le tutu,
Sans se faire autrement de bile
Sinon rieur que puisse l’air
De sa jupe éventer Whistler
Ma robe de clair de lune
Moi qui, déesse, pouvais
Si bien me passer d'aucunes
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Évocation
Elle était belle comme l'ombre d'une idée.
Ses épaules sentaient la peau fraîche d'une enfant;
à une pierre elle semblait - vite brisée,
au cri elle paraissait - une langue morte.
Elle n'avait pas de poids comme le halètement.
Souriante - larmoyante aux grandes larmes, rares -
elle était salée comme le sel poudroyant
consacré aux festins par les vieux barbares.
Elle était belle comme l'ombre d'une pensée.
Entre les eaux, elle était à elle seule, la terre affamée.
Nichita Stãnescu

J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,
Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé.
C'est un univers morne à l'horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème;
Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre;
C'est un pays plus nu que la terre polaire
- Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois!
Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos;
Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide!
Charles Baudelaire
Les Fleurs du mal
Oh, East is East, and West is West, and never the twain shall meet,
Till Earth and Sky stand presently at God's great Judgment Seat;
But there is neither East nor West, Border, nor Breed, nor Birth,
When two strong men stand face to face, though they come from the ends of the earth!
( ... )
Si les branches frappent les vitres
Et tremblent encor les peupliers,
C'est pour t'avoir dans mon esprit
Et doucement te rapprocher.
Si les étoiles aux profondeurs
Du lac miroitent dans la nuit,
C'est pour apaiser ma douleur,
Pour rasséréner mon esprit.
Si Ies nues s'en vont à leur tour
Et la lune vibre d'éclat,
C'est pour que je puisse toujours
Me souvenir ainsi de toi.
To drift with every passion till my soul
Is as a stringed lute on which all winds can play,
Is it for this that I have given away
Mine ancient wisdom and austere control?
Methinks my life is a twice-written scroll
Scrawled over on some boyish holiday
With idle songs for pipe and virelay,
Which do but mar the secret of the whole.
Surely there was a time I might have trod
The sunlit heights, and from life’s dissonance
Struck one clear chord to reach the ears of God:
Is that time dead? Lo! with a little rod
I did but touch the honey of romance—
And must I lose my soul’s inheritance?
sans questions
où être ne dure qu'un instant où chaque instant
verse dans le vide dans l'oubli d'avoir été
sans cette onde où à la fin
corps et ombre ensemble s'engloutissent
que ferais-je sans ce silence gouffre des murmures
haletant furieux vers le secours vers l'amour
sans ce ciel qui s'élève
sur la poussière de ses lests
que ferais-je je ferais comme hier comme aujourd'hui
regardant par mon hublot si je ne suis pas seul
à errer et à virer loin de toute vie
dans un espace pantin
sans voix parmi les voix
enfermées avec moi
CORONA
L’automne me mange sa feuille dans la main : nous sommes amis.
Nous délivrons le temps de l’écale des noix et lui apprenons à marcher :
Le temps retourne dans l’écale.
Dans le miroir c’est dimanche, dans le rêve on est endormi, la bouche parle sans mentir.
Mon œil descend vers le sexe de l’aimée : nous nous regardons, nous nous disons de l’obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune.
Nous sommes là enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent depuis la rue :
il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir,
qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.
Il est temps que le temps advienne.
Il est temps.
PAUL CELAN
Die zwei blauen Augen
Die zwei blauen Augen von meinem Schatz,
Die haben mich in die weite Welt geschickt.
Da mußt ich Abschied nehmen vom allerliebsten Platz!
O Augen, blau! Warum habt ihr mich angeblickt?
Nun hab ich ewig Leid und Grämen!
Ich bin ausgegangen in stiller Nacht,
In stiller Nacht wohl über die dunkle Heide.
Hat mir niemand ade gesagt, ade!
Mein Gesell war Lieb und Leide!
Auf der Straße steht ein Lindenbaum,
Da hab ich zum erstenmal im Schlaf geruht!
Unter dem Lindenbaum, der hat
Seine Blüten über mich geschneit,
Da wußt ich nicht, wie das Leben tut,
War alles, ach, alles wieder gut!
Alles! Alles! Lieb und Leid!
Und Welt und Traum!
Lieder eines fahrenden Gesellen