ERIC RECHSTEINER PHOTOGRAPHER

レヒシュタイナー・エリック 写真家

 
Lundi 9 janvier 2006










Billet


Pas les rafales à propos
De rien comme occuper la rue
Sujette au noir vol de chapeaux ;
Mais une danseuse apparue

Tourbillon de mousseline ou
Fureur éparse en écumes
Que soulève par son genou
Celle même dont nous vécûmes

Pour tout, hormis lui, rebattu
Spirituelle, ivre immobile
Foudroyer avec le tutu,
Sans se faire autrement de bile

Sinon rieur que puisse l’air
De sa jupe éventer Whistler




Stéphane Mallarmé









Dimanche 8 janvier 2006













Je ne sais pourquoi je vêts

Ma robe de clair de lune

Moi qui, déesse, pouvais

Si bien me passer d'aucunes






Stéphane Mallarmé









Samedi 7 janvier 2006









Évocation


Elle était belle comme l'ombre d'une idée.

Ses épaules sentaient la peau fraîche d'une enfant;

à une pierre elle semblait - vite brisée,

au cri elle paraissait - une langue morte.

Elle n'avait pas de poids comme le halètement.

Souriante - larmoyante aux grandes larmes, rares -

elle était salée comme le sel poudroyant

consacré aux festins par les vieux barbares.

Elle était belle comme l'ombre d'une pensée.

Entre les eaux, elle était à elle seule, la terre affamée.


Nichita Stãnescu

 

 

 

 

Samedi 7 janvier 2006
Vendredi 6 janvier 2006








The Ballad of East and West


Oh, East is East, and West is West, and never the twain shall meet,

Till Earth and Sky stand presently at God's great Judgment Seat;

But there is neither East nor West, Border, nor Breed, nor Birth,

When two strong men stand face to face, though they come from the ends of the earth!


( ... )





Rudyard Kipling













Jeudi 5 janvier 2006







Si...



Si les branches frappent les vitres

Et tremblent encor les peupliers,

C'est pour t'avoir dans mon esprit

Et doucement te rapprocher.

Si les étoiles aux profondeurs

Du lac miroitent dans la nuit,

C'est pour apaiser ma douleur,

Pour rasséréner mon esprit.

Si Ies nues s'en vont à leur tour

Et la lune vibre d'éclat,

C'est pour que je puisse toujours

Me souvenir ainsi de toi.




Mihai Eminescu









Jeudi 5 janvier 2006







Helas!




To drift with every passion till my soul

Is as a stringed lute on which all winds can play,

Is it for this that I have given away

Mine ancient wisdom and austere control?

Methinks my life is a twice-written scroll

Scrawled over on some boyish holiday

With idle songs for pipe and virelay,

Which do but mar the secret of the whole.


Surely there was a time I might have trod

The sunlit heights, and from life’s dissonance

Struck one clear chord to reach the ears of God:

Is that time dead? Lo! with a little rod

I did but touch the honey of romance—

And must I lose my soul’s inheritance?



Oscar Wilde








Mardi 3 janvier 2006












Que ferais-je sans ce monde sans visage

sans questions

où être ne dure qu'un instant où chaque instant

verse dans le vide dans l'oubli d'avoir été

sans cette onde où à la fin

corps et ombre ensemble s'engloutissent

que ferais-je sans ce silence gouffre des murmures

haletant furieux vers le secours vers l'amour

sans ce ciel qui s'élève

sur la poussière de ses lests

que ferais-je je ferais comme hier comme aujourd'hui

regardant par mon hublot si je ne suis pas seul

à errer et à virer loin de toute vie

dans un espace pantin

sans voix parmi les voix

enfermées avec moi






Samuel Beckett














Lundi 2 janvier 2006










CORONA 



L’automne me mange sa feuille dans la main : nous sommes amis.

Nous délivrons le temps de l’écale des noix et lui apprenons à marcher :

Le temps retourne dans l’écale.

Dans le miroir c’est dimanche, dans le rêve on est endormi, la bouche parle sans mentir.

Mon œil descend vers le sexe de l’aimée : nous nous regardons, nous nous disons de l’obscur,

nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune.

Nous sommes là enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent depuis la rue :

il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir,
qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.

Il est temps que le temps advienne.

Il est temps.



PAUL CELAN














Dimanche 1 janvier 2006





 





Die zwei blauen Augen


Die zwei blauen Augen von meinem Schatz,
Die haben mich in die weite Welt geschickt.
Da mußt ich Abschied nehmen vom allerliebsten Platz!
O Augen, blau! Warum habt ihr mich angeblickt?
Nun hab ich ewig Leid und Grämen!

Ich bin ausgegangen in stiller Nacht,
In stiller Nacht wohl über die dunkle Heide.
Hat mir niemand ade gesagt, ade!
Mein Gesell war Lieb und Leide!

Auf der Straße steht ein Lindenbaum,
Da hab ich zum erstenmal im Schlaf geruht!
Unter dem Lindenbaum, der hat
Seine Blüten über mich geschneit,
Da wußt ich nicht, wie das Leben tut,
War alles, ach, alles wieder gut!
Alles! Alles! Lieb und Leid!
Und Welt und Traum!




Gustav Mahler
Lieder eines fahrenden Gesellen



 





 

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